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LE MOMEMT DE VOIR LES PAUVRES

PAR JOACHIM VON BRAUN

18/04/2020

La pandémie du coronavirus 2019 (COVID-19) a mis en lumière des inégalités qui font des populations pauvres – tant dans les pays à faible revenu que dans les pays riches – les fragments les plus exposés aux conséquences négatives. Le pape François a récemment souligné cet état de fait dans une interview : « le moment est venu de voir les pauvres ».

En attendant que la science trouve des traitements appropriés et un vaccin pour soigner et prévenir le COVID-19, le paradoxe actuel est que nous devons tous coopérer les uns avec les autres tout en appliquant la mesure de protection qui consiste à nous isoler. Pourtant, alors que la distanciation sociale est tout à fait possible pour les personnes riches, les personnes pauvres entassées dans les taudis urbains ou les camps de réfugiés n’ont pas cette possibilité et ne disposent pas de masques faciaux ni d’installations pour se laver les mains. Pour faire face aux risques dans les grandes villes surpeuplées des pays en développement, nous devons soutenir la prévention en effectuant des tests, en donnant accès à des équipements de protection et en réalisant des efforts considérables pour construire des hôpitaux provisoires afin d’isoler les personnes infectées.

En outre, la fracture numérique entre riches et pauvres peut coûter des vies. La distribution inéquitable des technologies et des ressources en ligne signifie que des informations cruciales sur le COVID-19, en particulier les alertes précoces et les réponses rapides recommandées, ne sont pas reçues à temps (quand elles sont reçues) dans les communautés à faibles revenus. En l’absence d’un accès à des informations responsables, transparentes et actualisées, une cacophonie d’hypothèses non prouvées peut au contraire se répandre dans les communautés pauvres. Cette lacune dans l’accès à la technologie se traduit également par un manque d’opportunités d’apprentissage à distance pendant que les écoles sont fermées ; et le télétravail pendant le confinement de la société est impossible pour des millions de travailleurs à faibles revenus en raison de la nature de leurs emplois et du manque d’accès aux infrastructures de communication. Ce que le COVID-19 nous enseigne, c’est que l’accès universel à l‘internet et aux technologies de communication devrait être inclus dans les droits humains.

Malheureusement, ces inégalités en entraînent d’autres dans les communautés pauvres. Le COVID-19 exerce un impact négatif sur les économies nationales et détruit les petites entreprises et les agriculteurs. Les conséquences dévastatrices sur les systèmes alimentaires, en particulier, touchent les populations pauvres, lesquelles consacrent la majeure partie de leurs revenus à l’alimentation. Cela augmente la faim et exacerbe la menace de la pandémie pour la santé publique. Le travail du programme mondial pour l’avancement des objectifs de durabilité des Nations unies (ONU) – en particulier ceux liés à la pauvreté, à la faim, à la santé, au travail décent et à la croissance économique – sera sapé par le COVID-19, à moins que le monde ne coopère et n’inclue le sauvetage des petites entreprises et des agriculteurs dans le cadre de ses efforts pour éviter une crise économique mondiale.

Les capacités scientifiques en général, et celles liées aux maladies infectieuses en particulier, sont très inégales dans le monde. Cela contribue à accroître les risques dans les pays pauvres. Les causes profondes et la prévention des maladies infectieuses causées par des bactéries, des virus ou des parasites qui se transmettent des animaux aux humains, par exemple, nécessitent de mener à bien une recherche coopérative au plus près des zones à risque potentiel, y compris dans les pays pauvres. Le moment est venu pour le monde développé de s’engager à améliorer cette situation. Si ce fossé dans les capacités scientifiques continue à se creuser, l’intérêt des nations riches deviendra plus limité et le fardeau des maladies sera laissé aux populations pauvres.

D’autres crises mondiales majeures, telles que le changement climatique et la perte de la biodiversité, exigent des réponses mondiales coopératives qui n’excluent pas les populations pauvres. Une fois que le COVID-19 sera sous contrôle, le monde ne pourra pas revenir à la normale. Un examen approfondi des perspectives mondiales, des modes de vie et des questions d’évaluation économique à court terme, doit être effectué. Une société plus responsable, plus généreuse, plus attentive, plus inclusive et plus juste doit voir le jour si nous voulons survivre dans l’Anthropocène.


Article de blog de MaMo